mercredi 2 mai 2012

Le premier, 1 de 30.

Premier traitement ce matin.
Plan de match : tous les jours, on procèdera d'abord à un scan. Léger temps de flottement pour faire l'analyse du résultat, suivi du traitement comme tel de radiothérapie. Environ 10-15 minutes.

Le masque.
C'est le masque.
C'est difficile.
Psychologiquement.
La pression, la tête écrasée. Respirer. Respirer. Relaxe Amé.
J'ai soudain eu hyperconscience de moi, le visage cloîtré là-dessous, enfermée dans mon masque, dans mon propre visage, dans mon putain de corps.
Colère colère, tristesse, merde, merde, merde, je ne veux pas.
JE NE VEUX PAS.
J'ai dit "non", les techniciennes m'ont retiré le masque. J'ai pleuré un peu. Absorber l'air à grandes goulées.
Ok Amé, arrête de pleurer. Chauve-Souris, BEHAVE. Fais face.
"Ok, j'y retourne, ça va aller." Comme si le masque en soi était un lieu...
(Bon, évidemment, tout ce pleurnichage a bouché mon nez et j'ai eu encore plus de difficulté à respirer lors de ce traitement-ci. Bien bon pour les filles braillardes !)
Je me réinstalle.
On reclipe le masque.
Respirer.
Je glisse dans le scan.
Respire Amé, respire.
Relâcher les épaules, la nuque, le visage. Les fesses. Fondre dans la table. Trouver une zone intermédiaire. Descendre dans mon corps et me rouler en boule dans ma propre enveloppe.
Fin du scan. On me ressort. J'attends.
Je cherche la main de la technicienne qui est revenue à côté de moi pendant l'analyse du résultat de scan. Contact humain. Moi sous ma cage et juste une main inconnue me libère.
Je retourne dans la machine pour le traitement.
Respirer.
Ne pas penser à toutes les personnes âgées qui traînent dans les couloirs avec moi. Ne pas penser qu'à 32 ans on fait des bébés, pas de la radio. Pense à grand-papa, pense à Kamou, le ciel, l'odeur du fleuve. Pense aux gens que tu aimes. J'essaie d'envoyer de l'amour dans mon cerveau, mais c'est plus difficile qu'on croit faire un envoi massif d'amour ET respirer. ET se faire bombarder la tête.
Je ressors.
C'est terminé.
THAT'S IT.
Un de moins !
Demain matin 10:20h. Deuxième traitement.

J'ai besoin de temps. Quelques traitements. Je vais trouver ma place là-dedans. Il y a toujours un espace entre mon corps et mon esprit, là où ils se rencontrent. Il y a une petite craque qui ouvre sur un lieu lumineux. Je vais trouver la mince ligne et y aller à chaque jour, laissez-moi juste un peu de temps.

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